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Qu'est ce que la Géo-Anthropologie ? Qu'est-ce que l'anthropologie pluraliste ?


L'événement (Fins et commencements t. 2) Denis Duclos (l'acheter sur Amazon ou Kindle books publishing)

Depuis "Malevil" de Robert Merle ou "The Stand", le gros (et grand) roman de Stephen King, chacun attend fébrilement (dans l'angoisse, la honte ou la joie secrète) la destruction de notre société folle par l'épidémie libératrice. Nous en proposons une version presque optimiste (qui date de janvier 2019, mais qui a été écrite il y a plus de 6 ans). Si vous toussez, c'est trop tard. Mais peut-être votre voisin survivra-t-il ...
(disponible sur amazon et kindle)
Précisons, avec l'arrivée du coronavirus au printemps 2020, que ce roman n'était pas une "prévision", mais plutôt une anticipation, et spécialement celle d'une variante "privée" de la guerre bactériologique, ce qui n'a rien à voir avec les événements actuels. Il ne s'agit pas non plus d'un genre de "complotisme", ou alors du type que fabriquait en 1938, Orson Welles dans son interprétation radiophonique de la guerre des mondes de H G Wells ! En fait, c'est beaucoup plus une invitation à imaginer ce que serait une vie en des temps post-apo". Mais en évitant l'intellectualisme (qui est par ailleurs mon gagne pain !). Certes,pas très optimiste, mais pas moins que mon camarade Stephen King !

Ci dessous un extrait du roman (dont j'espère qu'on aura envie de lire la suite... à commander chez Amazon ou chez votre libraire favori en beau livre broché !)



L'événement (Fins et commencements t. 2)  Denis Duclos (l'acheter sur Amazon ou Kindle books publishing)
Automne 2
Marc
.

Mon blase est Marc Gérodeau, dit « Gros Dos » pour les intimes, même si je suis plutôt osseux et musclé sans stéroïdes. J’aurais préféré Platon (qui veut dire « épaules larges » il paraît), mais le surnom était déjà pris par un très ancien philosophe grec.
J’écris sur ce cahier pour ne pas devenir chèvre. Et pour ceux qui retrouveront mon cadavre.
Pour l’instant, je suis relativement vivant. Je ne sais pas comment ni pourquoi, vu que çà ne tourne pas du tout rond sur la planète. Enfin, c’est peut-être parce que je suis enfermé dans l’aquarium depuis six jours. Il n’est pas question que j’ouvre, de toute façon, même aux ayant-droit. Mais jusqu’ici personne ne s’est pointé.
Bon, récapitulons. Samedi dernier au soir, le 4, je crois, on est sortis avec ma copine en boîte, un nouveau machin teknopup-noise qui s’est ouvert dans le quartier et que j’avais repéré la veille dans un journal d’annonces dans la boîte aux lettres. Très bruyant, alcoolisé, paillettes et lumières strobo, je me suis même mis des boules Quiès pour danser : on plane davantage. Essayez, vous verrez !
En sortant, je ne trouve plus mes clefs de bagnole, et Aliane me rappelle qu’on est arrivés à pied depuis mon boulot. Peut-être les ai-je oubliées au bureau.
–Génial, Mamoure, je lui fais, çà m’était parti de la tête. Çà t’embête pas qu’on refasse la route dans l’autre sens ? Y en a pour dix minutes.
Çà l’embêtait, elle préférait rentrer en taco, et m’attendre au lit.
-OK, je lui dis, et sois sage avec le taximan !
-Si tu crois que tu vas faire des prouesses, bourré comme t’es…
Là je suis vexé, mais c’est vrai que l’alcool ne me réussit pas trop, question redressement du Popaul. Je décide de piquer un sprint nocturne pour me remettre en forme, et j’arrive bientôt au grand escalier de bois traité qui entoure la Bibliothèque de France de sa pyramide tronquée. Et là, en jetant un coup d’œil en arrière, je vois que des flics stationnés sous de grands lampadaires ont décidé qu’il y avait un mec bizarre qui voulait faire le con avec la bibliothèque, peut-être aller pisser sur les vitres ou pire (graffiter Allahou akbar), et que ce mec, c’était moi.
Ils me hèlent en grimpant quatre à quatre, et, très con, je me dis que j’arriverai avant eux aux portes du personnel, parce que je cours au moins aussi vite que des poulets mal entraînés. Résultat : je ne trouve pas la carte magnétique et quand je la découvre dans ma poche de poitrine, il est presque trop tard, les cognes arrivent à l’angle du bâtiment.
Je passe la carte dans la rainure, mais, merde je fais un faux geste, et en même temps que le battant s’ouvre, le porte-cartes me glisse des doigts. Floc, plouch, il choisit une rainure large entre deux planches et disparaît dans les espaces parallèles avec toutes mes autres cartes, crédit, sécu, mutu, navigo et fnac.
Bon, pas de temps à perdre, je rentre tout de même laissant la porte se refermer automatiquement derrière moi, et vais me cacher dans les profondeurs semi-obscures, d’où j’épie les keufs qui n’ont certainement aucun passe.
Et puis je m’esclaffe : ces cons filent tout droit, sans s’imaginer une seconde que je suis rentré. Normal : ils poursuivent un pochard vaguement épris d’envie de saloper un monument national, pas un fonctionnaire de la République, et pratiquement un collègue. Ils reviennent sur leurs pas une minute après, et éclairent la façade, mais plutôt comme pour vérifier que leur bonhomme n’aurait pas grimpé le long d’une poutrelle extérieure, genre Spiderman. Ils palabrent un moment, s’engueulent, et finalement se barrent. J’attends encore bien dix minutes, puis je rouvre la porte avec le bouton de l’intérieur et je me mets à chercher mon porte-cartes.
Une demi-lune un peu rousse se montre complaisante, et j’entrevois quelque chose qui luit. Re-zut merde chiotte, le truc est enfoncé à plus d’un mètre de moi sous un caillebottis écroué avec des boulons de quatorze. A ce moment, je me rappelle que j’ai peut-être des clefs pour vélo dans mon bunker au troisième sous-sol, et que je peux très bien ouvrir toutes les portes avec ma carte de Sécurité top niveau.
Donc, puisque j’ai gardé au moins cette carte de sécuraptor en main, je descends dans ma caverne, et rentre dans mon aveugle chez-moi, bien nommé l’aquarium, la boîte à grolles, ou mieux encore la taupinière, et, dans la pièce arrière, je me mets à fouiller mon bordel.
Vous le croirez pas mais juste à ce moment, la soufflerie du couloir se met en route pour maintenir la température exactement à douze degrés, pour les livres rares, les incunables et autres enluminures rangées à ce niveau, et clac, ma porte d’acier se ferme derrière moi, ce qui ne serait pas grave en soi, si je n’avais pas, comme un vrai con de chez Ducon, laissé cette salope de carte dans la fente extérieure !
Je me tape le front contre un mur : il va falloir que j’attende lundi pour être libéré, prendre un savon du Chef, et je ne peux même pas téléphoner à Aliane, parce que le fixe est installé dans le bureau de l’entrée, de l’autre côté de la porte, et que le signal des portables ne passe pas dans ce sous-sol quasiment blindé.
J’en suis là à me morfondre quand je songe que, tout de même, d’ici demain midi, ma Douce va ouvrir son ordi pour chatter avec deux trois copines. Elle ne pourra pas rater mon mail de détresse ! Je me mets à l’écran et je pianote un tas de trucs, jusqu’à ce que je me rende compte qu’Aliane ne pourra pas rentrer dans la tour, ni passer les cinq portes automatiques des trois étages, et que si elle prévient la sécurité générale de la Bibliothèque, ce n’est pas seulement le Capo de service qui va m’étriller, c’est la haute direction de l’institution qui me fera mettre en dispo sans salaire pour l’exemple.
J’efface mon message et je replonge dans une léthargie fa-taliste, avant de m’éveiller à nouveau plein d’espoir : avec un peu de chance, ce sera Pounida Diop (dite Doudou) qui ouvrira le local la première pour nettoyer les toilettes, et elle m’a à la coule. Je pense qu’elle me libérera sans problème, et à ce moment là, je pourrai l’embobiner pour ne rien dire. Elle est bonne fille : lui payer le kawa suffira à lui clore le bec.
Il faut tout de même que je rassure Aliane. Je lui envoie un message un peu tiré par les cheveux, comme quoi il y a une urgence-sécurité et que j’ai été réquisitionné jusqu’au matin. Elle ne me croira pas et j’aurai droit à une massive attack de jalousie, mais tant pis. Je m’organise une couchette approximative sur des rames de vieux papier, plusieurs couches de serviettes et autres vêtements de jogging usagés, et je m’endors comme un ange, bercé par la musique chuintante de l’air conditionné.
Quand je me réveille en sursaut, il fait toujours aussi sombre, et pour cause, mais à ma montre il est sept heures et demi. Doudou devrait être là. Elle n’est pas là et ne viendra pas.
Mais personne ne vient, ce qui est assez normal au fond pour un dimanche, même si la sécurité est censée passer partout sans arrêt. Je me prépare psychologiquement à rester planté ici jusqu’à lundi. En attendant, je cherche à télécharger des jeux sur mon ordi. J’aime bien Serial Killer III, où on peut même violer les chiens avant de les éclater.
De temps en temps, je consulte la boîte à mails, et j’ai enfin un mot d’Aliane à 14 heures. Elle vient de se réveiller avec une gueule de bois pas possible, et ne comprend pas comment je me laisse assez faire pour travailler le dimanche. Pas trace de jalousie.
Pas la peine de lui répondre : elle me dit qu’elle a rendez-vous avec Fifi (le surnom de Géraldine, allez voir le rapport) au Balzar, et qu’elles vont aller au cinoche voir un vieux film, Zardoz, je crois, et qu’on se donne rancard à la Closerie des Lilas vers 20 heures, D’acc, p’tit Chou ? Ton Aliane Chérie (elle a écrit Alaine à la place d’Aliane, et je lis « fraîche » à la place de Chérie). Curieux. Et on dit que Freud est un taré qui avait tout faux !
Je retourne dormir comme un loir, il paraît que çà empêche d’avoir faim. Dans l’aquarium, il y a seulement un gros bidon d’eau glacée avec des cornets en papier, et des vitamines de complément dans un placard. Et pour pisser, pas de problème, une petite chiotte personnelle se cache au fond de la deuxième pièce, avec une douche. Les installateurs ont pensé à tout, même qu’un garde de sécurité pouvait être incontinent d’urine et sale comme un peigne.
« Coin ! » fait l’ordi.
Je saute sur mes pieds et lui réveille l’écran : Aliane s’impatiente.
-OK, OK, je serai là, lui écris-je pour temporiser. C’était bien Nardol ?
-Zardoz, ignard, un des meilleurs Boormann. Une anticipation très réaliste. L’élite qui régnera demain sur le monde dans des paradis fermés…
-Ah oui, je me souviens, lui réponds-je, avec Sean Connery en string rouge qui bande pour, zut, comment elle s’appelle déjà ?
-Charlotte Rampling, espèce d’absurde ! Et je suis sûr que tu en aurais fait autant…gros dégoûtant !
-Bon, on ne va pas s’énerver pour si peu, Chérie, on se voit tout à l’heure ?
-Ya intérêt. Bizz.
Sur cette conclusion aux lèvres un peu sèches, je me repieute, mais l’engin cancane à nouveau impérativement.
-Tu as vu ce truc ?
En pièce jointe, une série de dépêches de Reuters et de l’AFP parlent d’une épidémie de rhume agressif en train de traverser l’Europe.
-Et ils ne disent rien sur le tsunami à Penmarch ?
(C’est là où habitent ses parents, dans une petite maison de granite qui rampe à plat ventre dans les dunes sous le vent d’océan).
Silence mailo. Elle est repartie avec sa copine. Et çà me laisse quatre heures pour trouver une solution.
Soudain, une idée. Un mec, un universitaire africain fait des recherches sur la comptabilité des vendeurs d’esclaves à Gorée au XVIII e siècle. Il a un box à côté de nos locaux, et il vient le dimanche, pour tuer le temps vu que sa petite famille est à Dakar. Si par chance, ce type a un mail, il doit aussi avoir une de ces bestioles plates où on reçoit son courrier, ses coups de fil et tutti quanti.
Je peux lui demander un coup de main, car je lui ai souvent ouvert des couloirs d’archives un peu limite, par solidarité avec sa cause. Çà m’aurait bien amusé qu’il trouve du saignant sur ces salopards qui firent la fortune de Nantes, de Bordeaux, de Morlaix ou de La Rochelle.
Bingo, il y a au moins trois références Google où le professeur Abdoulaye Diouf Ngom est cité, avec son adresse mail. Je lui tapote un message bien clair, et… Zut, il y a une réponse automatique. Le message pas enthousiasmant, est rédigé dans les termes de la plus exquise urbanité : « Cher Correspondant, je suis obligé de me mettre à la disposition de l’Académie, pour très peu de temps sans doute. Ne vous inquiétez donc pas, je vous réponds dès que mon état de santé le permettra. » Signé : A.D.N. (Drôle d’initiales) Date : 05/12/21, 7H 34 M. 07 S.
Le prof a attendu aujourd’hui pour se faire porter pâlot. Y’en a, je vous jure ! C’est un complot !
Je suis à court d’idées et je commence à me résigner. Quelques heures plus tard, je ranime l’ordi pour voir, par acquis de conscience, si Aliane s’énerve. Mais elle n’écrira pas. En fait, elle ne m’a pas ré-écrit jusqu’à lundi après midi, mais là, je n’en crois pas mes yeux.
-Chéri, je ne sais pas où tu es, mais si tu es à l’abri, restes-y je t’en prie. C’est un tel bordel partout ! J’ai essayé d’aller à Lariboisière mais les flics devant empêchaient tout passage : il paraît qu’ils ont déjà bourré à quatre fois leurs capacités de lits. Je suis rentrée à la maison, je me barricade et je t’attendrai le temps qu’il faudra. J’ai fait des courses pour quinze jours. Ne prends pas la bagnole, çà ne sert à rien : dans le centre toutes les rues sont encombrées de tires abandonnées. J’ai cru que j’étais malade, mais finalement je me suis réveillée ce matin sans fièvre. J’ai appelée Géraldine, mais çà répond pas, sur les deux téléphones. Je t’aime. Essaie de ne pas te mettre en danger. Cette saleté semble assez agressive.
-Mais qu’est ce que c’est que cette histoire de fous?
lui mailai-je.
Pas de réponse.
-Donne des nouvelles, c'est quoi ce bordel ? On me cache tout ! lui écrivis-je un quart d’heure après.
Rien.
En fait, j’ai commencé à me douter que quelque chose ne tournait pas rond quand personne n’est venu lundi matin.
Je me suis d’abord demandé si je n’avais pas oublié une date de vacances, un pont. Je ne m’occupe jamais de cette sorte de chose et c’est Sylvie, la secrétaire de l’étage des cartulaires maritimes qui me rappelle le calendrier des réjouissances. Je me demande si elle n’a pas des vues sur moi, cette petite joufflue. Attends, je m’appelle pas Gaston Lagaffe !
Mais il n’y avait aucun congé particulier avant la Pentecôte, d’ailleurs plus ou moins supprimée. J’ai conjecturé dans tous les sens, jusqu’à avoir mal au cerveau.
Il y avait bien un papier écrit en gros caractères sur le babillard de l’entrée, mais les reflets du verre de la porte s’interposaient et j’avais beau me tordre le cou, je ne parvenais pas à lire, en plus, à l’envers. De sorte qu’à force d’imagination, je finis par supposer que le texte annonçait un stage pour tout le personnel, afin de faire face à l’installation de la nouvelle procédure électronique de classification. Et je parvins si bien à me convaincre, que je me rassis, finalement prêt à endurer au moins encore une demi-journée de solitude.
-Ou bien même une journée entière !, me dis-je quand la porte du secteur demeura fermée l’après-midi du lundi.

Mardi matin. En errant sur Internet à la recherche d’une explication quelconque, j’ai vu qu’il y avait un méchant rhume en goguette et que les pharmacies étaient prises d’assaut pour les antitussifs, étant donné les quintes violentes qu’il occasionnait. Je trouvai cela curieux, mais pas vraiment affolant, étant donné le ton ordinairement alarmant des nouvelles quotidiennes, qu’il se passe quelque chose ou pas. L’affaire était un peu ridicule : se précipiter aux urgences à l’hosto pour un rhume…
Je relus le mail d’Aliane. Il impliquait quelque chose de plus grave. Par exemple le mot « abri »... Une vraie panique collective, des comportements aberrants.
Je lui redemandai pour la vingtième fois de m’expliquer ce qui arrivait, parce que je n’étais au courant de rien… Mais elle ne me répondit pas davantage et, de fait, son mail inquiétant fut aussi notre dernière communication. Ses tablettes et autres cochonneries tactilophonatoires s’étaient sans doute déchargées et elle s’était peut-être planquée quelque part où il n’y avait pas de réseau.
Les nouvelles du « rhume atypique » commençaient, poussivement, à parler de victimes, nombreuses parmi les Vieux, bon d’accord, mais aussi de blessés et même de morts, conséquence des paniques, mouvements de foules et autres répressions policières. Et puis, tels des casseroles de lait sur-chauffées, les blogs débordèrent les « modérateurs » légaux et explosèrent sur la maladie, un virus inconnu, décrivant le processus implacable. La vérité suivait la réalité avec retard, mais elle en amplifiait l’horreur.
La seule chose que je sais, c’est que, mardi soir, quand j’entendis du bruit dans la cage d’escalier, je ne voulais abso-lument plus ouvrir. A personne.
C’était Doudou. Depuis ma meurtrière de verre armé, elle m’apparut, hagarde, du sang sur sa blouse de travail bleue, mais elle ne jeta pas un regard vers ma porte, avec la carte fichée dedans, pourtant bien en évidence.
Elle se cogna à un mur et à un autre, puis disparut vers les toilettes des dames où elle alla se vider par tous les orifices dans un bel ensemble de bruits incongrus plus horribles les uns que les autres. Je compris, au bout d’un long silence, qu’elle avait perdu connaissance au milieu de ses déjections. Plus tard, n’entendant toujours rien sauf l’écoulement continu de la chasse d’eau, je crus comprendre qu’elle était morte, probablement la main crispée sur la poignée de vidange.
La semaine passa pour moi dans une atroce et immobile intensité. Je naviguai fébrilement de site en site, guettant les messages nouveaux, aussi bien des gens que des institutions, mais c’était une cacophonie dont on ne pouvait rien tirer, sinon que l’on voyait les gens tomber autour de soi comme des mouches, et que l’agonie ressemblait à de l'asthme, limitant de plus en plus la capacité d’expirer l’air, après une série de toux convulsives arrachant les entrailles, et injectant les yeux de sang.
Selon les experts, un virus mutant versatile avait à l’évidence changé en quelques jours un rhume banal en maladie mortelle. Ou plutôt quelques heures. On ne savait pas encore de quel virus il s’agissait, mais cela ne saurait tarder, et le vaccin pourrait alors être rapidement mis au point. En attendant, la principale mesure prophylactique était de rester chez soi, en calfeutrant au maximum portes et fenêtres, car il s’agissait d’un pathogène de très petite taille, que les aérosols les plus ténus pouvaient transporter, au gré du moindre courant d’air. L’estimation du nombre de malades et de décédés était encore impossible, mais cela se comptait probablement par milliers. A entendre un vieux professeur, bizarrement enroué, cette « méningite » (tiens donc ?) était probablement plus grave que la grippe asiatique de 1958, mais sûrement moins que la grippe espagnole de 1918 !
En suivant, sans dormir, les infos données sur les sites variés, j’acquis le sentiment que la mort frappait tellement vite et partout qu’il devenait impossible à aucune institution de déployer une stratégie quelconque, car les gens qui en prenaient l’initiative faisaient bientôt défaut.
C’était le grand scénario, celui que chacun attendait (je le comprenais maintenant) depuis plusieurs années, et dont la prescience avait motivé les mobilisations de l’OMS contre les diverses « grippes atypiques ».
Mais cette maladie-là semblait avoir pris tout le monde par surprise. Le plus extraordinaire était le quasi-silence des res-ponsables politiques, murés dans des discours systématiquement lénifiants. Aucun appel viril et menaçant à la « résistance collective », aucun thème avançant l’autorité de l’Etat. Aucune annonce d’une répression résolue contre des pillages, d’ailleurs présumés inexistants. Tout semblait fondre comme de la bougie, du sommet à la base, paroles, sons, images, gestes, hommes, femmes, enfants, chefs, subalternes, PDG, clowns médiatiques ou prolétaires, bourgeois et banlieusards, vieux et jeunes, tous semblaient balbutier, faiblir et s’estomper, diminuer de taille comme dans un dessin animé, pour finir par glisser sans bruit de la scène en infimes gouttelettes. Seuls de rares individus s’exprimaient, follement, poétiquement, tragiquement, et appelaient au pardon, à la rédemption, à la fin, tout simplement.
On est jeudi, le 16 décembre 2021. Je m’appelle Marc Gé-rodeau, Gros-Dos pour les intimes, mais apparemment, des intimes, il n’y en a plus guère. Je ne leur ouvrirais pas la porte, de toute manière, même si c’était ma mère ! (morte d’ailleurs il y a dix ans, la bienheureuse !)
D’un autre côté, je sais ce que je vais faire : casser la vitre de verre blindé en précipitant dessus le coffre-fort du local de sécurité suspendu au rail du plafond comme un énorme bélier, et sortir de ce caveau avant que tout s’éteigne. Parce que même les groupes électrogènes de la BN se tairont, faute de fuel, et qu'en conséquence les portes pare-feu ne s’ouvriront plus.
Et sortir, même pour mourir, mais au grand air et à la vraie lumière…. si je ne suis pas mort au fond du mausolée des livres d’ici quelques jours, quand il n’y aura plus d’eau ni de vitamines.

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Commencement




Lundi 4 Avril 2011 - 16:23
Vendredi 28 Février 2020 - 16:35
Denis Duclos
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