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Jeudi 9 Février 2012
20:47
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pourquoi Onfray finit-il par défrayer (et pas seulement la chronique) ? mathieu blesson
Lorsqu'Onfray défraye, c'est bien qu'à sa poursuite un certain nombre embraye. D'accord pour ses qualités d'avatar dernier cri du monothéiste qu'il affirme cependant philosopher à coups de marteau. Mais plutôt que de contribuer à le rendre célèbre à toujours le désigner en personne, ne faudrait-il pas y lire entre les lignes l'indice supplémentaire d'un facteur plus inquiétant encore en ce que la pensée de cet auteur ne fait qu'aller au fond dans le sens du vent scientifico-religieux qui, depuis un certain temps déjà, souffle à tout rompre sur notre époque ?
Révélant ainsi à qui veut l'entendre que l'heure serait plutôt au triomphe de la religion (Lacan) qu'à celui logico-mathématique de la Vienne freudienne. La psychanalyse n'étant dès lors tout simplement plus la bienvenue tant ses qualités de symptôme apparu à un certain moment de l'histoire occidentale se trouvent à présent relayées par un autre traitement du malaise dans la culture. Une barbarie à visage humain (BHL) en somme qui, d'être formatée collectivement à partir d'une écologie salvatrice/messianique, s'appuierait cette fois-ci sur le discours scientifique pour justifier ce qui du religieux est à présent en mesure de répondre à nouveau au mal-être dont l'homme est frappé depuis toujours sitôt qu'il se trouve aux prises avec l'impossible du langage. Cela permettrait au moins de se sortir de l'ornière imaginaire à laquelle ne manque de renvoyer systématiquement la parole de l'un contre celle de l'autre - fussent-elles éclairées. Denis
Je vous remercie pour cette intervention fermement tenue. En défense, je dirai que je ne cherche pas à faire connaître un personnage qui n'a pas besoin de moi pour exister médiatiquement, et depuis longtemps.Mais, comme le dirait Onfray lui-même, il existe dans l'histoire des 'personnages conceptuels' qui illustrent des positions pertinentes et consistantes. Et en effet, si ces positions ont un sens, elles sont 'embrayables'pour le grand nombre. D'après ce que vous dites, on pourrait penser qu'Onfray est porté par l'époque dans son attaque de la psychanalyse. Je tendrais à l'admettre, ainsi que la raison que vous en donnez :la quête d'une nouvelle religion/science s'édifiant sur les décombres du positivisme des siècles précédents. Cela dit, cela me pose quelques problèmes de logique,ou plutôt de concordance des temporalités.Pour le dire aussi clairement que possible, vous semblez opposer une invariance culturelle de très longue durée (et que vous dénotez comme : 'l'impossible du langage') et une variance dans l'Histoire courte :celle qui pousserait à actualiser une idéologie datant d'un peu plus d'un siècle. Un malentendu possible porte sur le fait que, de mon côté, il existe des temporalités intermédiaires entre la très longue durée anthropologique (l'accès de l'espèce humaine au langage) et le temps court des mouvements séculaires. Ainsi, les quelques millénaires des religions monothéistes forment-ils des structures puissantes de modelage des sociétés et des individus, telles qu'elles sont probablement peu atteintes par les oscillations de l'ordre de la centaine d'années. Et, de ce point de vue, il existe une sorte de pérennité 'moyenne' des catégories culturelles qui en relèvent. Je prétends par exemple que la problématique des monothéismes (que je complète de l'athéisme qui n'en est qu'un avatar) est toujours actuelle, précisément sous sa forme de gestion comptable de tous par la totalité sociétale. Comme le prévoyait Durkheim (qui en était l'un de ses agents) la Société devait remplacer Dieu, et l'antisocial l'impie. C'est plus que jamais le cas, ce programme se réalisant à l'échelle intégrée du monde, en utilisant comme vous le soulignez fort bien, l'idéal de nettoyage écologique, et plus généralement l'obsession hygiéniste et l'angoisse de tous les risques. La psychanalyse, dans ce progrès de la même démarche millénaire, est effectivement un obstacle, parce qu'elle représente la limite la plus incontestable de la science... dans une théorie scientifique de la scientificité... Que dit-elle, en substance, dans la plupart de ses variantes ? Que toute affirmation de soi dans les catégories langagières achoppe sur l'impossibilité de ces catégories de rendre compte du réel. Même les catégories les plus mathématisées. Elle démontre finement, dans toute l'expérience analytique, que les personnes, avant tout, souffrent de cette difficulté, non seulement parce qu'elles ne parviennent pas à se situer comme catégories, mais parce que cette impossibilité leur semble dramatique, insupportable, comme si leur être même était pour ainsi dire néantisé par elle. Vous avez raison d'observer que ce malaise consubstantiel de l'espèce parlante a été 'traité' par le religieux. Mais si l'on accepte de considérer que le scientisme comme valeur n'est que la mouture actuelle du même projet très occidental, depuis au moins 2000 ans, alors le personnage conceptuel qu'est Onfray en roue libre n'a rien de nouveau en soi. Il est simplement l'un des agents de l'actualisation de la même continuelle démarche. Je vous accorde, en revanche, que sa mise sur le marché intellectuel en pool position tient à ce que la psychanalyse a d'ores et déjà (avec d'autres éléments de la résistance morale et esthétique au fascisme technoscientifique) été placée en position de défensive , et que c'est l'heure de la curée, ou plus précisément celle des chiens de curés (qui, à l'occasion, dévorent aussi leurs anciens maîtres condamnés comme pédophiles). Que vous observiez cet moment crucial de la bataille et en première ligne est non seulement légitime mais courageux et fort utile. Laissez moi, en revanche, profiter de l'avantage de l'âge pour prendre un peu de recul en soutenant ceci : il est possible que l'époque marque une rupture bien plus importante et imprévue avec tout ce grand monument de la métaphore de la vérité mesurable des biens et des maux, et de l'équation salvatrice, forme ultime du Christ. Il est donc possible qu'Onfray ne soit qu'un marqueur d'une fin de bimillénaire, l'époque suivante, qui s'ouvre peut-être sous nos pieds, étant caractérisée, dans son essence, par la nécessité de trouver, pour survivre, des alternatives radicales aux grandes croyances ravageuses du passé, un personnage conceptuel aussi crépusculaire que minuscule. Je ne sais rien de ces alternatives, n'étant pas prophète, mais je peux au moins postuler que, venant en opposition frontale à la forme la plus concentrée et la plus explosive de toute notre tradition, elles ne pourraient que faire valoir tout ce qui est oppressé par ce qu'il faut bien appeler le Système. Autrement dit, s'il faut lire quelque chose de nouveau dans l'actualité, ce n'est certainement pas du côté des mutations du technico-religieux ou du scientifico-rituel, mais bien plutôt de celui de la libération de manières de vivre différentes les unes des autres, non rassemblées sous une houlette quelconque, et capables de se légitimer dans un droit autoprotecteur. Au fond, je suis d'accord avec vous : il faut se garder du nouveau messianisme écolo-scientifique (sans pour autant se rallier aux négationnismes du changement climatique). Mais il faut aussi peut-être, ne serait-ce que pour garder quelque espoir dans notre espèce, entrevoir aussi, en même temps, les linéaments de la résistance de demain. Ce serait adopter une interprétation bien pessimiste de la psychanalyse que de lui prêter le discours d'une nécessité subjective absolue de pallier le malaise culturel par une prolifération irrépressible du sciento-religieux. Personnellement, je crois que la culture comporte certains éléments de résistance pluraliste à la tendance infantile à se rassembler dans la grande machine asexuée contre le symbole paternel. Je crois que la culture 'adulte' est capable de devenir réflexive et de circonvenir le monstre-infans qui en chacun de nous ne rêve que de s'aboucher et de s'articuler entre contemporains pour interdire tout choix de société, tout droit d'arbitrage souverain. Et c'est parce que j'y crois que je ne pense pas la psychanalyse dépassée ni dépassable. En revanche, que tous les fonctionnaires ou les marchands de la pensée qui ont exploité, toute honte bue, la psychanalyse comme un fonds de commerce corporatif, soient amenés à changer de discours, et se renient à grande vitesse, cela ne m'étonne guère. Que les lâches et les traîtres s'y multiplient, cela est prévisible. Mais est-ce important ?
Denis Duclos
test 2
denis duclos
Je vous remercie pour cette intervention fermement tenue. En défense, je dirai que je ne cherche pas à faire connaître un personnage qui n'a pas besoin de moi pour exister médiatiquement, et depuis longtemps.Mais, comme le dirait Onfray lui-même, il existe dans l'histoire des 'personnages conceptuels' qui illustrent des positions pertinentes et consistantes. Et en effet, si ces positions ont un sens, elles sont 'embrayables'pour le grand nombre. D'après ce que vous dites, on pourrait penser qu'Onfray est porté par l'époque dans son attaque de la psychanalyse. Je tendrais à l'admettre, ainsi que la raison que vous en donnez :la quête d'une nouvelle religion/science s'édifiant sur les décombres du positivisme des siècles précédents. Cela dit, cela me pose quelques problèmes de logique,ou plutôt de concordance des temporalités.Pour le dire aussi clairement que possible, vous semblez opposer une invariance culturelle de très longue durée (et que vous dénotez comme : 'l'impossible du langage') et une variance dans l'Histoire courte :celle qui pousserait à actualiser une idéologie datant d'un peu plus d'un siècle.Un malentendu possible porte sur le fait que, de mon côté, il existe des temporalités intermédiaires entre la très longue durée anthropologique (l'accès de l'espèce humaine au langage) et le temps court des mouvements séculaires. Ainsi, les quelques millénaires des religions monothéistes forment-ils des structures puissantes de modelage des sociétés et des individus, telles qu'elles sont probablement peu atteintes par les oscillations de l'ordre de la centaine d'années. Et, de ce point de vue, il existe une sorte de pérennité 'moyenne' des catégories culturelles qui en relèvent. Je prétends par exemple que la problématique des monothéismes (que je complète de l'athéisme qui n'en est qu'un avatar) est toujours actuelle, précisément sous sa forme de gestion comptable de tous par la totalité sociétale. Comme le prévoyait Durkheim (qui était l'un de ses agents) la Société devait remplacer Dieu, et l'antisocial l'impie. C'est plus que jamais le cas, ce programme se réalisant à l'échelle intégrée du monde, en utilisant comme vous le soulignez fort bien, l'idéal de nettoyage écologique, et plus généralement l'obsession hygiéniste et l'angoisse de tous les risques. La psychanalyse, dans ce progrès de la même démarche millénaire, est effectivement un obstacle, parce qu'elle représente la limite la plus incontestable de la science... dans une théorie scientifique de la scientificité... Que dit-elle, en substance, dans la plupart de ses variantes ? Que toute affirmation de soi dans les catégories langagières achoppe sur l'impossibilité de ces catégories de rendre compte du réel. Même les catégories les plus mathématisées. Elle démontre finement, dans toute l'expérience analytique, que les personnes, avant tout, souffrent de cette difficulté, non seulement parce qu'elles ne parviennent pas à se situer comme catégories, mais parce que cette impossibilité leur semble dramatique, insupportable, comme si leur être même était pour ainsi dire néantisé par elle. Vous avez raison d'observer que ce malaise consubstantiel de l'espèce parlante a été 'traité' par le religieux. Mais si l'on accepte de considérer que le scientisme comme valeur n'est que la mouture actuelle du même projet très occidental, depuis au moins 2000 ans, alors le personnage conceptuel qu'est Onfray en roue libre n'a rien de nouveau en soi. Il est simplement l'un des agents de l'actualisation de la même continuelle démarche. Je vous accorde, en revanche, que sa mise sur le marché intellectuel en pool position tient à ce que la psychanalyse a d'ores et déjà (avec d'autres éléments de la résistance morale et esthétique au fascisme technoscientifique) été placée en position de défensive , et que c'est l'heure de la curée, ou plus précisément celle des chiens de curés (qui, à l'occasion, dévorent aussi leurs anciens maîtres condamnés comme pédophiles).Que vous observiez cet moment crucial de la bataille et en première ligne est non seulement légitime mais courageux et fort utile. Laissez moi, en revanche, profiter de l'avantage de l'âge pour prendre un peu de recul en soutenant ceci : il est possible que l'époque marque une rupture bien plus importante et imprévue avec tout ce grand monument de la métaphore de la vérité mesurable des biens et des maux, et de l'équation salvatrice, forme ultime du Christ. Il est donc possible qu'Onfray ne soit qu'un marqueur d'une fin de bimillénaire, l'époque suivante, qui s'ouvre peut-être sous nos pieds, étant caractérisée, dans son essence, par la nécessité de trouver, pour survivre, des alternatives radicales aux grandes croyances ravageuses du passé, un personnage conceptuel aussi crépusculaire que minuscule. Je ne sais rien de ces alternatives, n'étant pas prophète, mais je peux au moins postuler que, venant en opposition frontale à la forme la plus concentrée et la plus explosive de toute notre tradition, elles ne pourraient que faire valoir tout ce qui est oppressé par ce qu'il faut bien appeler le Système. Autrement dit, s'il faut lire quelque chose de nouveau dans l'actualité, ce n'est certainement pas du côté des mutations du technico-religieux ou du scientifico-rituel, mais bien plutôt de celui de la libération de manières de vivre différentes les unes des autres, non rassemblées sous une houlette quelconque, et capables de se légitimer dans un droit autoprotecteur.Au fond, je suis d'accord avec vous : il faut se garder du nouveau messianisme écolo-scientifique (sans pour autant se rallier aux négationnismes du changement climatique). Mais il faut aussi peut-être, ne serait-ce que pour garder quelque espoir dans notre espèce, entrevoir aussi, en même temps, les linéaments de la résistance de demain. Ce serait adopter une interprétation bien pessimiste de la psychanalyse que de lui prêter le discours d'une nécessité subjective absolue de pallier le malaise culturel par une prolifération irrépressible du sciento-religieux. Personnellement, je crois que la culture comporte certains éléments de résistance pluraliste à la tendance infantile à se rassembler dans la grande machine asexuée contre le symbole paternel. Je crois que la culture 'adulte' est capable de devenir réflexive et de circonvenir le monstre-infans qui en chacun de nous ne rêve que de s'aboucher et de s'articuler entre contemporains pour interdire tout choix de société, tout droit d'arbitrage souverain. Et c'est parce que j'y crois que je ne pense pas la psychanalyse dépassée ni dépassable. En revanche, que tous les fonctionnaires ou les marchands de la pensée qui ont exploité, toute honte bue, la psychanalyse comme un fonds de commerce corporatif, soient amenés à changer de discours, et se renient à grande vitesse, cela ne m'étonne guère. Que les lâches et les traîtres s'y multiplient, cela est prévisible. Mais est-ce important ?
Mélusine
La force de conquérir de Freud était très puissante et les planètes lui semblaient arides et dépeuplées. Sa rencontre en tant que médecin avec la nature en souffrance des femmes hystériques lui offrit une extraordinaire opportunité de conquérir un nouveau territoire: l'inconscient. Le reste de l'histoire est connu. Nombreux ce sont disputé ce nouveau continent fabuleux et encore mystérieux.. Il y eut de nombreuses luttes de pouvoir, des conflits de personnes, des insurrections, des suicides, mais sans commune mesure avec les deux guerres qui ont suivi. Certains lui ont reproché la nature trop sexuelle de ce lieu étrange. Mais si la sexualité n'existait pas, cette nature que nous foulons du pied s'évaporerait en un seul instant. De plus, ce continent extraordinaire avait une particularité, il pouvait se métamorphoser par le seul désir de celui qui prenait la décision de l'explorer, cela s'appela la psychanalyse. Seulement, cela ne pouvait se faire sans guide. Un seul génie y est arrivé, seul, évidemment avec de nombreux errements, des erreurs de parcours, des échecs, car il était le premier et donc son premier défricheur. La véritable découverte du siècle que nous laissons derrière nous était bien l'inconscient et nous sommes loin d'avoir encore tout exploré, il reste le continent noir et la marée nous l'a bien signifié. Continue Michel Onfray, cela s'appelle un refoulement, les vannes se sont ouvertes et nous entrons bien dans le vingt et unième siècle. Les frères Bogdanov nous donnent la voie. Et si l'étape ultime de l'inconscient était une formule mathématique, offrant du même coup ce que Freud à recherché toute sa vie, la légitimité scientifique. Le futur est dans notre univers intérieur. BIENVENUE.
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