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Qu'est ce que la Géo-Anthropologie ? Qu'est-ce que l'anthropologie pluraliste ?


Qu'est-ce que la 'géo-anthropologie' ? / What is Geoanthropology ?

« Quand on veut étudier les hommes il faut regarder près de soi ; mais pour étudier l’homme il faut apprendre à porter sa vue au loin ; il faut d’abord observer les différences pour découvrir les propriétés » in Rousseau, Essai sur l’origine des langues, Gallimard, 1990, pp. 89-90

La géo-anthropologie n'est pas une spécialité de géographie : c'est une anthropologie au sens complet et spécifique du terme, c'est-à-dire tenant compte du "propre de l"homme" qu'est la culture. Prenant appui sur l'opinion de Claude Lévi-Strauss selon laquelle une culture mondiale ne saurait exister qu'en respectant la pluralité des cultures humaines, la géo-anthropologie (geo-anthropology) reconnaît en même temps une tendance de long terme à organiser la conversation culturelle en positions différentes, et à tenir ces positions dans des aires géographiques privilégiées, progressivement choisies en vis-a-vis des autres. De sorte que la planète ressemble, du point de vue de la théorie des cultures, à une "agora" où chaque tradition localisée n'est pas seulement un effet de contingence, mais l'installation physique d'une position fondamentale dans la vie face à d'autres. L'évolution vers une culture mondiale implique de concevoir que cette pluralité géographique puisse se matérialiser dans des espaces-temps différents que ceux des aires nationales ou religieuses. Ainsi, la géo-anthropologie n'est-elle que l'autre face du binôme qu'elle forme avec l'Anthropologie pluraliste. Et dans la mesure où l'objectivité en sciences humaines est toujours infléchie par la participation des êtres humains à leur propre connaissance pour l'action, ces deux positions épistémiques ne sont probablement pas isolables d'une "démocratie pluraliste".


Geo-Anthropology is not a branch of geography : it is an anthropology in the full and specific sense of the term, that is to say taking into account Culture , a trait which is "unique to man". Basing itself on Claude Levi-Strauss' opinion, according to which a global culture could not exist without respecting plurality of human cultures, geo-anthropology aknowledges at the same time a long term tendency to organize the cultural conversation with different proposals, and to hold these proposals in specific geographical areas. In such a way that, from the point of view of cultural theory, the planet resembles an "agora" where each localized tradition of thinking is not only an effect of contingency but also the physical anchoring of a fundamental position in life confronted with other anchored positions. The evolution towards a global culture implies that we conceive that this geographical plurality could materialize into space-time dimensions which would differ from the religious or national ones. Therefore, Geo-Anthropology is nothing more than the other side of the binomial it forms with pluralistic anthropology.
Insofar as objectivity in human sciences is always biased towards the participation of human beings to the building of self-knowledge for action, those two epistemic positions are probably not to be severed from "pluralistic democracy".



ESCAPE.      Aquarelle de Jacqueline Vidal-Atherly ( jacotte112@hotmail.com)
ESCAPE. Aquarelle de Jacqueline Vidal-Atherly ( jacotte112@hotmail.com)
La géo-anthropologie se fonde sur une intuition un peu étrange, qui n'a pu peut-être émerger qu'avec la mondialisation. A l'inverse de ce que nous pensons ordinairement - à savoir que les sociétés et les cultures humaines sont peu à peu confrontées à l'unification, avec ou sans militants du "nouvel ordre mondial" cher aux complotistes- on peut légitimement partir de la proposition opposée : il n'y aurait jamais eu qu'un seul champ culturel humain (à partir du phénomène de la parole), mais ce champ unique a été contrarié dans sa précipitation par l'existence de groupes naturels séparés ou de taille réduite. Ce point de vue n'est pas absurde : dès qu'Homo Sapiens parle, il peut parler à tous les autres individus de l'espèce, formant du même coup un champ potentiel universel. Dans la pratique, l'apparition de ce champ est retardée par la séparation matérielle des groupes qui induit la séparation des langues (qu'il ait existé une langue originaire unique ou non). Mais l'histoire peut être analysée comme cet effet retard d'un mécanisme irrésistiblement englobant. La grande question correspondant à cette hypothèse n'est donc pas : "existe-t-il une diversité culturelle comparable à celle existant dans les cultures animales ?"; mais plutôt : "comment l'unique champ culturel organisé potentiellement entre tous les êtres parlants organise-t-il la pluralité en son sein ?"

Dans un registre de plaisanterie, nous dirions que la géo-anthropologie est la discipline armée d'un énorme crayon, et qui recouvrant la surface de la Terre d'une feuille de papier, consisterait à "crayonner" et à voir apparaître, avec un étonnement enfantin, le profil d'un royal émetteur de monnaie ! En l'occurrence, le personnage qui apparaîtrait ressemblerait à l 'homme de Léonard de Vinci, tentant à bout de bras et de jambes de réaliser la quadrature de cercle. C'est en effet à une telle tension entre quatre pôles (en négligeant la tête) que ressemblerait l'effet de la culture sur l'histoire planétaire de l'espèce humaine : partie d'isolats de relations complexes comme on en trouve chez les autres primates, la culture humaine tendrait à se condenser et à simplifier, par le miracle de la métaphore comme acte spécifiquement humain, sous forme d'une conversation entre plusieurs pôles symétriques.

Nous ne plaisantons qu'à moitié : de même que Kant et Hegel pensaient que la nature ou l'esprit usaient de ruses pour parvenir à inscrire la destinée humaine dans l'histoire comme destinée de la raison, nous croyons que quelque chose d'une "cause finale" (mais non d'une fin de l'histoire) surgit du phénomène culturel en général. Est-ce l'égalité, comme tendait à l'indiquer Lévi-Strauss dès "les structures élémentaires de la parenté" ? Nous pensons qu'il s'agit plutôt de pluralité, mais de pluralité considérée comme symétrie entre des "passions" ou des façons d'envisager la vie et de vivre.

La plus grande folie de notre proposition (qui n'avait pas été tentée jusqu'ici sauf sous les formes négatives et parfois racistes des philosophies politiques du XVIIe au XXe siècle) consiste à postuler que la culture "choisit" de se constituer en conversation non seulement sur un plan symbolique ou imaginaire, mais en utilisant le "Réel" de la division des aires géographiques. Nous récusons évidemment toute interprétation visant à entériner l'inégalité parmi les hommes à partir de conditions physiques, et nous souscrivons à l'effort magnifique des déclarations des droits de l"homme sur ce point. D'ailleurs, ce n'est ni l'humanité ni l'espèce humaine que nous voyons ici concernés, mais la notion de "société mondiale" qui est d'abord une société de sociétés, c'est-à-dire une incarnation de l'essence pluraliste de la culture. La géo-anthropologie prend acte de cette pluralité, mais aussi de sa tendance à s'exprimer aussi bien sur le plan spatial que temporel. L'histoire humaine, notamment dans les dernières centaines d'années qui ont vu s'amplifier les mouvements et relations entre parties du monde, consisterait en partie à "installer" un cadre conversationnel au travers d'une série d'essais-erreurs. Ce cadre -ainsi que dans tout amphithéatre politique - a besoin d'une répartition physique des positions : les positionalités qui sous-tendent en fait les différences culturelles malgré leur apparence purement empirique et contingente, sont aussi des positions géographiques !
Ainsi, ce n'est sans doute pas un hasard si l'ouest et l'est du continent eurasiatique se sont déterminés l'un pour la préoccupation majeure pour la mesure des rapports, et l'autre pour la fascination par les questions de l'identité localisable. Ce n'est pas non plus un hasard si les plaines et plateaux situés entre les deux se sont vus occupés par la question de la conflictualité entre sociétés pouvant constamment, par leur mobilité, empiéter les unes sur les autres. Il n'est pas non plus absolument contingent de découvrir que l'essentiel des socialités concernant le Familier ont de très nombreux éléments communs sur ce même continent, alors que l'Afrique subsaharienne semble représenter un concept original du Familier et du Villageois.

Nous souhaiterions d'une part inviter les personnes récusant la totalité mondiale à aller de l'avant pour s'emparer de la question de la pluralité des positions (incluant modes de vie et de production), plutôt que de rester "accrochées comme des bernicles" aux formations intermédiaires comme les Etats-Nations, qui ne sont après tout aujourd'hui que des relais de l'unitarisme autoritaire.
Nous aimerions d'autre part inciter les penseurs et chercheurs de notre époque à se risquer hardiment (mais en toute prudence déontologique et éthique) sur cette dimension trop peu explorée, en partie à cause de tabous, et en partie à cause de la structuration des disciplines des sciences de l'homme et de la société, largement figées par les résultats d'une "guerre froide" académique et professionnelle. Notamment autour des questions suivantes :

-Comment se forment des apparentements entre positions théoriques, religieuses, philosophiques, de droit, etc. et des aires géographiques ?
-Comment, dans le contexte d'une culture mondiale en formation aux côtés des cultures plus régionales ou locales, pourraient se juxtaposer aux territoires souverains actuels, des territoires nouveaux, peut-être déréalisés, ou de nature discontinue ?
-Et dans ce cas, comment une "anthropologie pluraliste" peut-elle continuer, face à une telle "société-monde" à tendance unitaire, à rendre compte de la pluralité, comme autre face, nécessaire, de la géo-anthropologie ?

PS : les noms de domaine suivants correspondent à des sites centrés sur ce débat :

Geo-anthropology.com
Capitalism-end.com
anthropologie-pluraliste.fr
pluralistic-anthropology.com
pluralist-anthropology.com
geoanthropologie.fr
global-socialism.com
anti-sociology.com

(les notions de "capitalism end" et de "global socialism" ne réfèrent à aucune orientation idéologique de type partisan : elles sont avancées comme propositions théoriques liées à l"unification technobureaucratique en cours de la société-monde, qui, selon nous, a déjà dépassé le stade conceptuel du "capitalisme". Les domaines sont réservés en fonction de la plausibilité grandissante d'un débat sur cette réalité encore peu perçue. Voir les articles du blog "crise du capitalisme", et notamment "le capitalisme est mort depuis longtemps; attention à l'électrodémocratie !)

Samedi 12 Août 2006 - 17:40
Jeudi 7 Janvier 2010 - 02:31
Denis Duclos
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