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Qu'est ce que la Géo-Anthropologie ? Qu'est-ce que l'anthropologie pluraliste ?


Novlangue et mondialité : entre jejoiement et toussitude. Comment retrouver les personnes et leurs relations ?



Le travail de Marilia Amorim sur l'épidémie de "jejoiement" dans les divers supports que le pouvoir utilise pour "convaincre" consommateurs et usagers, voire citoyens est passionnant. Prendre carrément la place du sujet pour lui faire "penser" ce qu'il doit faire (dans le genre "je conduis, je ralentis") est une trouvaille digne du plus terrifiant des romans d'anticipation. Du plus drôle aussi, étant donné le ridicule de la tactique. Qu'on nous fasse les poches, ok, Qu'on nous prélève à la "source", bon. Qu'on ait peur pour "nos enfants" sur un affichage villageois, passe encore. Mais qu'on prenne carrément notre place pour parler en notre nom, c'est un peu fort de café.

Il faut aussi noter que cette tendance très "tendance" (organisée sur le modèle des "design" de l'interactivité internet) s'accorde très bien avec une autre : celle de la "toussitude". Cette dernière provient plutôt du socialisme bon teint et de la bonne conscience Bobo, ceux qui règnent par exemple dans les formules d'accueil du public sur nombre de chaînes de radio et de tv : le fameux "bonjour à tous". On observera que dans les deux cas, il y a disparition de tout indice d'engagement du locuteur dans une réciprocité ou un échange : comme le note Marilia Amorim, le "jejoiement" annihile le "tu" ou le "vous", et construit une sorte de solipsisme général. Or il en vient de même de la "toussitude". Elle permet d'éviter le madame, monsieur et éventuellement le fantôme de la "mademoiselle", en un temps où les sexes potentiels se multiplient, rattachés aux "orientations" identitaires plus qu'aux statuts matrimoniaux. Mais en évitant ainsi les problèmes, on en crée un autre, massif : l'individu auquel on s'adresse "en masse" est dépouillé d'absolument tout ce qui pourrait permettre l'évocation d'une relation particulière. A commencer par l'altérité concrète de son corps.
Donc, destruction de l'intimité reconnue d'autrui et saisie en bloc d'un "autrui" collectif et abstrait ne sont que deux faces de la même tendance, décidément trop "tendance" : l'inhumanisation par le rapport mécanisé, aligné sur l'idéal d'une redéfinition du sujet comme robot oeconomicus normalicus.

Bien sûr, çà ne marchera pas, tout comme n'ont pas marché d'autres variantes -plus ou moins massacrantes- de l'homo-totalitarius. Mais cela peut rajouter une couche de souffrance, et pour plus ou moins longtemps.

La question demeure : pourquoi s'engouffrer avec une telle facilité dans ces effets de novlangue destructeurs ? Est-ce seulement sous l'injonction de quelque oligarchie aux commandes ? Je ne crois pas (et ce "je" là parle bien en son "nom propre" et non comme une poupée animée par un pouvoir extérieur). Hélas, nous sommes tous tentés d'y participer, car il existe une jouissance ineffable dans la participation promise au "Tous", et une jouissance encore plus excitante à l'idée de nous faire parler par un grand Autre. Cela nous ramène au premier miroir de notre reconnaissance par l'énigmatique regard d'une mère elle-même aliénée, et dont nous rêvions qu'elle soit la Matrix.
C'est bien tout le problème !

La solution ? Il n'y en a pas, sauf à imaginer au moins une ligne de séparation et de dialogique plus nette entre le monde de l'intimité, du familier, de la "philia", et celui du politique. Ou encore à inventer (ou réinventer) un imaginaire de la prohibition de l'inceste avec le forces de l'ordre. Une symbolisation de cet imaginaire, par exemple sous la forme d'une obligation pour le politique (instance de l'ordre universel) de respecter comme son égale la loi régissant les relations entre prochains. Actualiser Antigone, quoi ! Mais pour cela, le Familier devrait être reconnu dans son droit à l'autonomie (au sens propre), et nous ne voulons évidemment pas d'un retour à la possibilité d'une vendetta ! (comme elle se manifeste à nouveau aux franges du Système). Nous sommes donc bel et bien confrontés à un problème d'invention culturelle. Que les petits génies se présentent donc à ce concours, les vieux sages se perdant en conjectures !!!


Lundi 27 Juin 2016 - 08:18
Lundi 27 Juin 2016 - 09:05
Denis Duclos
Lu 358 fois


1.Posté par Debra le 02/11/2016 09:52

Un peu de contradiction ne fait pas de mal, hein ?
...
Il serait intéressant de faire un petit catalogue des conditions de la parole en ce moment.
On y va :
Le cas où une personne s'adresse à une autre, en chair et en os, de visu. (Le cas où une personne s'adresse à une autre, mais pas de visu (le confessionnel, par exemple...).
A partir de cet exemple, on peut faire jouer la combinatoire (le nombre de possibilités est très élevé).
Après la "vive voix", il faut partir sur le téléphone, par exemple.
Puis, sur le Mail, la messagerie sur Facebook, que je ne pratique pas. On garde toujours le variable "une personne à une autre personne" (en sachant que, on peut être amené à s'adresser à UNE personne, alors qu'il y a assistance autour. Cela complique la donne.
Après, allons voir du côté de la parole non adressée.
Celle-ci est la parole PUBLIQUE, et elle est adressée à tous, parce qu'elle ne vise personne, n'élit personne, et ne sort personne EN PARTICULIER du lot. Elle est justement.. impersonnelle. Il n'est pourtant pas bon de confondre impersonnel et mécanique. Ce qui est impersonnel n'est pas forcément.. mécanique, et inhumain, non ?
Elle a sa raison d'être, la parole publique.
Je suis assez d'accord avec toi sur les effets délétères du refus de ceux qui détiennent une parole publique d'exercer leur.. autorité, et leur besoin o combien.. démocratique... d'être aimé tout en exerçant le pouvoir et en détenant l'autorité. Cela conduit à un degré de triste ridicule qui fait peine à voir et entendre.
La grande perversion de la démocratie est de produire des chefs (quand elle peut encore en produire...) dont le besoin d'être aimé est si écrasant que l'autorité dont ils SERAIENT passagèrement investi passe à la trappe. Rien n'est pire pour un peuple que d'avoir des leaders qui ne font pas le poids... à leurs yeux, bien entendu. Insécurité garantie, malgré l'assourdissant tintouin 24h/24 autour de la responsabilité, patin couffin.
Ma petite hypothèse : certaines de ces nouvelles formulations témoignent d'un désir salutaire de l'INDIVIDU moderne de sortir du terrible isolement où l'a conduit la cosmogonie scientifique. Elles témoignent d'une recherche de chaleur humaine. Mon souci : la tendance occidentale à privilégier la chaleur... des mots sur la chaleur des corps. Il faut les deux. Exemple : le vendeur maghrébin de mon marché local est parti monter un restaurant et il n'est plus là en chair et en os pour me saluer le matin de marché, m'appeler par mon prénom, et me tutoyer (comme je fais pour lui aussi). Ce petit contact.. public et social, où nous nous faisions mutuellement des caresses langagières sous les yeux de tous, pour notre plus grand plaisir et joie, me manque terriblement maintenant qu'il est parti.
Tout cela est bien compliqué, hein ??

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