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Qu'est ce que la Géo-Anthropologie ? Qu'est-ce que l'anthropologie pluraliste ?


Le paradoxe de la société antisociale (Apologue de la société suicidaire)




Je crois qu’une société humaine isolée (ou globale, ce qui revient au même) est suicidaire, qu’elle vise sa propre disparition en conduisant toujours au-delà de son terme viable le système de ses propres principes. Car une société n'est rien d'autre qu'un accord autour d'une métaphore dominante, laquelle peut se réduire à un énoncé assez simple, répétée "ad nauseam". Ainsi la société romaine tardive était-elle fondée sur l'idéal civique (autorisant l'esclavage) combiné au droit et à l'imperium. Le système s'effondra d'abord parce que l'imperium -pour maintenir le tout- vida de leur contenu ses deux autres fondements. Le capitalisme-monde n'est rien d'autre que la croyance acceptée dans le fait que l'argent -comme logique de concentration et d'allocation des ressources- réalise la vie sociale la mieux équilibrée. Or cette métaphore -exclusive de toute autre- est ignorance absolue de sa propre tendance inhérente à entraîner tous les humains dans la dette toujours croissante, simplement parce que le profit qui est son ressort intime ne peut plus se contenter d'un travail humain à rentabilité limitée, ni d'une nature qui ne peut plus fournir la demande sans se dégrader. Le simple fait de vouloir continuer ce mécanisme implique une volonté aveugle d'autodestruction, car la population humaine ne supportera pas d'être réduite sur plusieurs générations à l'esclavage pour dette. Or jusqu'ici, jamais dans l'histoire des sociétés "chaudes" (et rarement dans les sociétés "froides"), les sujets politiques ont été capables de décider de "changer leur système" (ou leur métaphore centrale) suffisamment à l'avance pour éviter de grands drames humains.

Mais je comprends que nombre de personnes soient sceptiques quant à l’inéluctabilité de cette destinée, surtout s’il s’agit de faire l’hypothèse d’une sorte de nature suicidaire de l’esprit humain, ou bien encore de notre vérité de moutons de Panurge. C’est pourquoi je voudrais démontrer ici que la pente vers le suicide collectif n’a pas le moindre besoin d’une théorie psychologique –mortelle ou suiviste- pour exister. Je montrerai ensuite qu’une telle théorie explique en revanche l’accélération du comportement autodestructeur.

On dira, pour commencer, qu’une société se suicide tendanciellement quand son mécanisme central, celui qui définit ladite société comme telle ne peut s’arrêter de fonctionner, même quand ce fonctionnement s’avère pathogène pour elle. Cette orientation se manifeste souvent par un dilemme que l’on pourrait exprimer ainsi : soit la société continue à être elle-même, et dans ce cas elle meurt réellement, physiquement. Soit elle change de nature, et dans ce cas elle est morte comme telle, symboliquement, laissant éventuellement ses membres se recomposer autrement. Notons qu’il arrive que nombre de sociétés préfèrent la mort réelle à la mort symbolique, considérée bien pire, comme l’ont montré les anthropologues des petites sociétés.

On soutiendra, ensuite, que toute continuation du système formant l’architecture d’une société donnée finit par être suicidaire, mais en changeant suffisamment l’architecture, on change de société. Par exemple, une société fondée sur des principes démocratiques ne peut y renoncer sans devenir « autre chose », et, en somme, mourir à soi-même.

Enfin, on reconnaîtra que toute société isolée, n’ayant aucun autre exemple de ce qu’elle pourrait être si elle ne continuait à être elle-même, finit par se suicider, du seul fait de prétendre se prolonger soi-même sans changement important, cela parce qu’elle ne dispose pas des instruments conceptuels alternatifs permettant de repérer sa propre faille logique.
Quand votre dictionnaire et votre grammaire ne comportent pas la possibilité d’exprimer ce qui pourrait vous permettre de vous en sortir, il suffit de parler pour vous rapprocher de votre perte.


Le cycle inéluctable conduisant effectivement toute société à sa perte peut être ramené à des éléments généraux :

-La société (comme énoncé partagé d'un ensemble de champs interdiscursifs) est menacée par l’extérieur et construit un pouvoir politico-militaire qui résiste victorieusement à ces menaces.
-La victoire, finalement totale, (la seule qui permet la continuation de la société en tant que telle, ses concurrentes ayant été absorbées) aboutit à la consolidation de ce pouvoir, même si son emploi classique est diminué.
-Le pouvoir politico-militaire doit désormais se maintenir contre d’autres tendances intrinsèques. Il commence à devenir pouvoir politico-policier, à retourner sa puissance contre soi-même.
-Plus le pouvoir, incarnant la société, doit se défendre contre cette société même, plus ses institutions lui sont inféodées, et deviennent ses organes, figeant le système et plaçant la population en exclusion interne (en état « d’enclave », dirait Mary Douglas).
-Plus le peuple est en exclusion interne, et plus la prévention et la répression de ses révoltes devient nécessaire en permanence.
-L’ensemble des institutions définissant cette société est bientôt devenu l’ennemi de son propre peuple, mais lorsque celui-ci réussit des révolutions, il n’est pas capable de détruire l’ensemble institutionnel, précisément parce que celui-ci n’est que l’incarnation de la société.
-Au bout de plusieurs révolutions successives, le système institutionnel est « mithridatisé » contre toute autre révolution. A ce moment là, le peuple s’est pratiquement étranglé lui-même sans voir que la main qui l’étrangle est la sienne. Il ne peut pas s’en rendre compte car tous les outils de la légitimité populaire sont ceux-là même qui le tuent.

Nous allons prendre l’exemple actuel de la « société-monde » construite sur le principe du libéralisme économique, ce qu’on a coutume d’appeler capitalisme. Et nous allons démontrer que cette société universelle suit les étapes décrites ci-dessus, et que même un contrôle étatique ou interétatique renforcé de ses mécanismes de circulation ne fait que mithridatiser progressivement la société elle-même contre toutes les tentatives de la changer.

Nous insisterons sur le fait que cette auto-strangulation du capitalisme (ou mieux du système techno-chrématistique) n’est que superficiellement un « phénomène économique ». Il ressortit plutôt d’une mécanique du pouvoir.

Ce qu’on appelle « les marchés » et qui représentent les propriétaires de masses d’argent liquides investis dans la spéculation immédiate ne sont que le moment de la « liquidité généralisée », le moment où l’économie est réduite à son versant « argent ».

L’actuelle société chrématistique, fondée sur le culte du profit, protège l’intégralité des libertés permettant à cette masse gigantesque d’argent de se valoriser au mieux.
A partir de ce principe de base, et une fois déterminé un niveau temporel moyen d’enrichissement global, la tendance la plus massive concerne la projection dans le temps. Ce qu’on appelle le crédit n’est en effet que la projection dans le temps du retour valorisant. Le problème (déjà traité par Marx sous le concept de « baisse tendancielle du taux de profit ») est alors le suivant : à chaque cycle de l’investissement dans un circuit universel supposé « sans frictions », une part plus ou moins grande de l’argent va se retrouver inutilisable, et va ainsi contribuer à faire baisser la valeur de l’ensemble. Cette tendance est compensée par l’élargissement plus que proportionnel des opportunités de vente et d’achat. Si cette dilatation des opportunités d’échange est supérieure en valeur à la masse d’argent non utilisé pendant un cycle, on peut dire qu’il y a croissance (de la richesse).

Une façon tendanciellement catastrophique de maintenir les opportunités supérieures à la non valorisation est de créer des ouvertures dans un avenir de plus en plus long. Autrement dit, grâce aux autorisations administratives délivrées dans ce but, on ouvre des terrains non défrichés à la conquête par l’argent, en supposant qu’au bout d’un laps de temps le retour en sera important.

Comme l’ouverture de possibilités dans l’avenir est potentiellement infini, l’engagement de toute une société dans cette voie est rapidement catastrophique car il survient nécessairement un moment où la masse de capitaux investis dans cette voie devra refluer sur la masse ordinaire, et s’ajouter à la quantité en valeur de capitaux inutilisables dans le cours du cycle présent.
C’est ce qu’on appelle d’un mot qui rappelle l’étonnement enfantin, « l’ éclatement de la bulle », encore qu’il puisse s’agir d’un phénomène spécifique et local, découlant d’un engouement indu. En réalité, au-delà du phénomène proprement spéculatif des bulles, et une fois même ce phénomène régulé, le retour massif d’argent « prospectif » de fait inutilisable paraît un facteur de mise en crise « systémique ». Mais là encore, il ne faut pas entendre par « systémique » un effet aberrant de propagation d’une spéculation en phase baissière, mais, beaucoup plus profondément, l’engagement d’une société tout entière dans une projection de soi impossible à soutenir. La « crise » n’est pas due essentiellement à l’appauvrissement de fait induit par l’effondrement d’une part de la valeur globale (par exemple sous forme finale de rétrécissement des budgets publics d’une nation), mais au seul fait que l’activité humaine a été dirigée et engagée passivement dans une voie sans issue.
Or –et c’est là que le mécanisme suicidaire propre à la société chrématistique se met en place-, non seulement il ne sera jamais reconnu que cette activité était inutile, mais encore on tentera de faire rembourser la défaillance en valeur par un surcroît de travail, par une accélération de l’exploitation du travail.

Paul Jorion, dans la présentation de son livre « L’argent, mode d’emploi » (Fayard, 2010) pose la question : « Est-il possible d'assigner à l'argent une place plus " juste "? Et si l'argent, au lieu d'aller en priorité et majoritairement à ceux qui le possèdent déjà, investisseurs ou "capitalistes ", prêteurs d'argent qu'ils ont en trop en échange d'intérêts ou de dividendes, revenait vers les authentiques créateurs de richesses? » Mais je crois que la question, aussi bien intentionnée soit-elle, porte à faux, car les « authentiques créateurs de richesses » -endettés à vie et/ou salariés à vie- sont bien en peine aujourd’hui de produire ce qu’on attend d’eux au niveau des espérances transformées en argent en attente d’investissement.

Si le travail pouvait être redirigé vers une opportunité de superprofit, par exemple grâce à une innovation techno-scientifique à l’impact extraordinaire, cette solution serait sûrement employée. Mais quand il se manifeste une saturation des possibles dans cet ordre d’idées, alors c’est le conservatisme le plus borné qui triomphe, et avec lui, la tentation de « faire trimer », pour en arracher la plus-value toujours facile du labeur de base.
La conséquence d’une crise vraiment structurelle sera donc non seulement de faire « retomber » la valeur comme si le travail n’avait pas existé dans la direction ayant suscité la bulle, mais encore d’exiger des populations un « effort » encore accru, pour compenser la perte liée à une activité tacitement présumée désormais inutile.

Evidement, il n’a pas échappé aux observateurs de la masse d’argent (constituée comme on le sait de masses monétaires différemment appuyées sur l’échange réel ou sur le crédit dans le temps) qu’une politique de « rigueur », risquait immédiatement d’aggraver la situation en réduisant le bassin existant de la circulation d’argent. La déflation ou la dépression guettent évidemment toute société qui suit ses leaders les plus constipés et constipationnistes (type François Fillion).

Cette contradiction visible cache néanmoins un paradoxe plus profond : plus on rend une société solidaire du mécanisme de la perte, par exemple par l’étatisation des déficits privés,
et plus on la fait fonctionner comme une vaste prison des peuples, ceux-ci étant contraints de n’exister qu’en fonction de la dette (laquelle traduit un aspect de cet enrichissement raté, de cette perte de jeu sociétale). En un sens, plus la dette s’accroît et plus les peuples appartiennent aux institutions qui organisent leur activité et leur consommation, leur vie domestique et publique. Même si l’Etat ne prend pas nécessairement de mesures coercitives, la tendance massive est d’organiser une contrainte généralisée et détaillée autour de l’obligation collective de « diminuer le déficit ». C’est cette contrainte généralisée autour de l’obligation de payer la perte de valeur escomptée qui forme la structure de pouvoir légitime centrale de cette société, et pas du tout la « liberté ».
Il en découle, à l’évidence, le développement d’une tendance inverse, à ne pas rembourser, à échapper, à fuir la contrainte et ladite « solidarité » .
Cette tendance compréhensible peut être à son tour gagée sur l’avenir (surtout quand des politiciens ont peur que la rigueur ne nuise à leur réélection), mais une fois une limite acquise,
Nous entrons nécessairement dans l’ère de la mise « en exclusion interne » du peuple par les institutions formalisant la légitimité de l’agir.

Alors la société chrématistique s’engage à son tour dans la spirale de prévention-répression qui détermine une partie croissante de son propre peuple comme son ennemi, se nourrissant des révoltes de celui-ci.
Une société révolutionnaire qui s’en prendrait au seul groupe des spéculateurs ne trouverait pas non plus la solution car en nationalisant des masses considérables d’argent (et donc de dette potentielle ou réelle), son Etat devrait encore plus directement en gérer les conséquences négatives.

Le suicide sociétal est ainsi littéralement programmé. Pour qu’il ne devienne pas le suicide ou l’assassinat d’un peuple, il n’existe plus alors qu’une seule solution : détruire en valeur les dispositifs de contrainte qui coûtent en eux-mêmes. Et refonder l’existence sociétale des gens sur la formation d’un nouveau genre de société. Il faut alors accepter le suicide symbolique de l’entité en crise, pour ne pas avoir à aller au suicide physique. Cela peut nécessiter la violence et la dépossession d’une fraction : ceux que l’on traitera alors de « voleurs ». Pourtant, il faudrait alors, pour le bien de la vérité, rappeler que les spéculateurs les plus éhontés, et les détenteurs de fortunes privées les plus astronomiques, ne sont pas du tout obligatoirement les voleurs : ce sont simplement des agents placés dans des positions de pouvoir et de contrôle afin de permettre la valorisation optimale de la masse d’argent. Les fonds qu’ils auront éventuellement détourné pour un profit purement personnel seront dans tous les cas dérisoires en comparaison des flux qu’ils auront orienté. La valeur de biens réquisitionnés, aussi luxueux soient-ils, ne vaudra jamais qu’une fraction infime de celle qui a été socialement perdue. On peut certainement récupérer le yacht du milliardaire, mais que fera-t'on des milliers de logements dont il a bétonné la côte la plus belle ? On peut aussi l’exécuter, mais cela ne fera pas revenir les espèces végétales ou animales qu’il a contribué à faire disparaître, sans parler de la beauté du paysage qu’il a massacré, avec la complicité active de ses salariés, des gens à qui il a acheté les terrains, de la masse énorme des consommateurs peu regardants et de toutes les institutions qui lui ont facilité le travail.

C’est d’ailleurs pour ces raisons, qu’une fois prises des mesures absolument inutiles contre des boucs émissaires de la colère populaire, toute l’affaire est reprise par les institutions qui viennent en bout de cycle, et qui les remettent dans le circuit, formant à nouveau les conditions d’une contrainte prolongée et aggravée.

On peut conjecturer que plus le système s’organise pour réguler les différentes crises et compléter ainsi le brassage opéré par les marchés sur les disparités de la mise en valeur, et plus il scelle son propre destin, car désormais, ce n’est pas d’un déséquilibre ou d’une rupture, d’une disparité ou d’un excès ponctuel (panique, euphorie, etc.) que dépend la résorption de la dette, ce n’est pas non plus de la tentative de réduire les déficits publics (déjà constamment refinancés par la planète boursière), mais c’est d’une politique de coupes sombres et d’obligations au travail de plus en plus « forcé ». Or celle-ci peut conduire à des guerres lorsque la disparité se retrouve entre des Etats, mais, fait bien plus grave, quand la plupart des Etats sont eux-mêmes liés dans leur traitement solidaire de la dette, la société globale ainsi constituée devient inexorablement chaque jour davantage « antisociale ». Au stade ultime, elle se réduit à un « couvercle » constitué d’une élite extraordinairement dure mais aussi extraordinairement efficace et organique, et d’une masse qui, même rendue incapable de révolutions (comme la masse chinoise) risque aussi de devenir progressivement incapable de produire. L’implosion et le délitement, la décomposition sur pied sont alors proches : la société est morte.

L'impasse dont le fond fermé est le suicide de cette société de pseudo-engagements mutuels n'offre qu'une issue : l'effacement de la dette. Comme il est exclu que cet effacement soit supporté par les populations quasi-insolvables et au bord de l'inanition réelle, et comme il est aussi exclu que l'on cesse de faire fonctionner un Etat organisateur minimal, il est parfaitement clair que les grands perdants, les principaux suicidés de la société capitaliste... sont les capitalistes eux-mêmes, destinés à perdre la grande majorité de leur fortune, tandis que le reste est réquisitionné. C'est pourquoi le paradoxe principal de la société antisociale est de finir soit dans une anarchie complète (en fait impossible,à moins de destructions désastreuses) soit dans un hypersocialisme autoritaire.
Ces deux formes de mort ne doivent pas concerner ceux qui souhaitent rester vivants, c'est-à-dire se situer hors de la logique des remboursements,mais il est parfaitement illusoire de croire que le refus des populations de rembourser les dettes gigantesques engagées en leur nom par les financiers pourra seulement s'effectuer par la passivité à l'intérieur du squelette de la société morte.Tels des journaliers qui choisiraient de fuir le latifundio plutôt que d'obliger leurs arrière petits enfants à rembourser leurs emprunts au propriétaire, les vivants préfèreront quitter le navire, ou, pour reprendre la métaphore sous un autre jour : réinventer des relations sociales de liberté. Celle-ci commencera à l'évidence par le retour ( techouvah) à une certaine proportion d'auto-alimentation, d'auto-construction, de bricolage hors argent et d'économie d'échange de services. C'est ce degré d'autonomie retrouvé ou conquis qui correspondra à la décrue de l'endettement. Une autre partie -sans doute moins importante- sera due à un rendement social accru bénévolement. Mais ne nous leurrons pas : un rendement social atteint dans l'enthousiasme ou la peur ne sert pas réellement la survie ou le retour à a la vie. En témoigne (voir photos ci-dessous) l'histoire des Haïtiens obérée par leur volonté de rembourser pendant deux siècles les plantations aux propriétaires français lésés. Le résultat en a été une ruine accrue et accélérée de leur patrimoine vital. D'autant que dans le cas des milliards de salariés concernés par une gigantesque remise de dette, on voit mal le patronat -même enragé- capable de leur envoyer les canonnières.
Reste enfin, la partie réellement virtuelle de la dette, et dont on peut sans doute calculer (par exemple si l'on est un bon économiste atterré), ce qui revient à une véritable duperie professionnelle de la part du monde financier (tout en sachant qu'on aura beau multiplier les années de prison pour les milliers de Madoff encore en place ce n'est pas cela qui nous rendra les milliers de milliards engagés dans un avenir qui n'aura pas lieu).

Samedi 25 Février 2012 - 16:39
Mercredi 7 Mars 2012 - 20:49
Denis Duclos
Lu 546 fois


1.Posté par Debra le 05/12/2012 12:25

Analyse intéressante.
Je relève plusieurs fois le mot "organique", et aimerais bien savoir comment vous l'entendez appliqué à des contextes sociaux.
Je pense qu'une des conséquences les plus attendues ? d'un cartésianisme qui privilégie une conscience très volontariste et positiviste est de ne pas pouvoir voir/imaginer l'étendu des phénomènes régissant la vie sociale qui restent dans l'ombre, comme la lettre volée, compromettante, est dissimulée en pleine vue.
Il m'est arrivé de recevoir des patients qui me disaient qu'un de leurs buts dans l'existence était de ne rien devoir à personne. De ne pas avoir de dettes... Là, on peut voir à l'oeuvre une foi ? croyance ? sociale et individuelle que la sacrosainte (et idolâtrée...) liberté égale autonomie. La dette perçue comme dépendance. La liberté une valeur absolue sans la moindre contingence. (En passant, ce but est aux antipodes de la phrase de Deuteronome (ne parlons pas de l'Evangile) qui commande : "ce que tu as reçu de tes pères, hérites-le pour pouvoir le posséder". Là, pour le coup, il y a... dette... et devoir, qui plus est.)
On peut dire que celui qui a une dette est également celui à qui... on a fait crédit...(Il est intéressant de remarquer que la relation dette/créance est source d'inégalité, n'est-ce pas ?)
Et celui à qui on a fait crédit est celui qu'on a... cru. Celui qu'on a cru... sur parole ? non, plutôt sur papier, en ce moment.
(Mais au fait... POURQUOI on croit quelqu'un ? Y a t-il.. DE BONNES RAISONS pour croire, ou ne pas croire quelqu'un ? Surtout..s'il est à l'autre bout de la planète, et qu'on ne voit pas son visage, ou même encore... s'il n'a même pas de visage ??)
C'est extraordinaire que Freud a érigé tout un ensemble de pensée sans trop se demander quel pouvait être le rôle de la foi/la croyance dans la vie d'un individu, mais... d'une société aussi. Par préjugé scientiste, je crois.
C'est un.. trou ? une absence bien significative aux yeux d'une analyste.
Quand on perd la foi, et qu'on ne ne croit plus, qu'on est déçu, et bien, quand les croyances sont aussi... infantiles qu'elles le sont dans notre civilisation éperdument progressive, la déception prend la forme d'une conflagration, comme j'ai dit ailleurs sur ce site.
Vous parlez d'une société morte. Vous êtes sûr que la société PEUT mourir ? Je n'en suis pas si sûre. Elle peut donner envie à ses membres... de mourir, mais.. peut-être, comme le fichu Verbe, elle... "bleibet in Ewigkeit"...Se souvenir que Jésus a dit que là où il y avait trois ensemble en son nom, etc etc....Non, peut-être que la société est éternelle, et que nous sommes.. condamnés à nous la coltiner, à l'extérieur, comme à l'intérieur, d'ailleurs, jusqu'à notre dernière souffle...Une pensée déprimante ou révoltante pour les individus qui croient à la possibilité d'une liberté individuelle sans contingence, mais..bon.
La place d'un sujet singulier dans une société donnée peut varier considérablement, selon la valeur que le corps social (c'est nous...) assigne à un sujet singulier. De manière assez ironique (et paradoxale) , la valeur elle-même surgit dans l'acte de sortir du lot (élire). Valeur positive ET valeur.. négative, mais valeur, tout de même. La possibilité d'assigner une valeur disparaît et s'effondre sans la possibilité de.. sortir du lot.
Je crois que vous avez pointé ce qui me semble le plus significatif dans votre analyse : le phénomène de paradoxe lui-même. N'est-ce pas lui le plus intéressant ? Pourquoi cette structure de paradoxe derrière la construction sociale ? Pourquoi la société EXIGE ses paradoxes ?
Je hasarderai l'idée que la tension dialectique ? (pour employer un mot que j'hésite à employer, car je ne suis pas philosophe, et il me met mal à l'aise) derrière le paradoxe signe le travail du langage, du symbolique lui-même dans la nécessité de créer des oppositions distinctives d'où la signification (meaning) se dégage.
Or, à l'heure actuelle, mais probablement à toutes les époques de manière plus ou moins confuse, nous percevons que le... symbolique ? (langage, plus institutions créées par ce langage, dont le fric...) a son propre agenda.
Il nous rappelle qu'il nous échappe, qu'il peut travailler pour son propre compte, et pas pour nous.
Nous avons cru... nous croyons, pouvoir le maîtriser par notre volonté pure, mais...
l'observation, de mon point de vue, ne permet pas de vérifier cette hypothèse ? croyance ? (En passant, toute la pièce de "Macbeth", comme la plupart des grandes tragédies de William, explore la tragédie de notre rapport au langage, et comment nous nous faisons constamment.. avoir. C'est pourquoi William continue à nous fasciner, à mon avis.)
Le symbolique nous dépasse sur le plan de l'individu, mais tout autant sur le plan social.
Alors, dans cette perspective, qu'y a t-il à observer ? conclure ? du fait qu'on appelle "dépression" le grand krach boursier mondial en 1929, ET l'état psychique dominant de tant de nos concitoyens ?
Pourquoi ?
En sachant qu'employer "dépression" pour l'un et l'autre tisse des associations dans nos petites têtes de mammifères bien (ou mal) pensantes ? (La lettre dissimulée en pleine vue)
Sans conséquence ? Un hasard pur ?
Je ne crois pas...
Entre autres phénomènes que je déplore de la modernité, il y a l'absence d'une approche ne serait-ce qu'un peu.. talmudiste pour remarquer que les signifiants individuels ne sont pas... la masse gluante et paralysante de la signification, lieu idéale pour toutes les... spéculations, n'est-ce pas ?
Et quoi de plus aliénant que de reprendre à son compte les signifiants mêmes qui nous réduisent à.. de la signification pure, et autant de contenus.. indifférenciés ?
Non à.. "la masse". Résistons...
Un mot, dans le fond, a autant de valeur... qu'une pièce de monnaie (ou une transaction électronique) , n'en déplaise à ceux qui pensent le contraire...

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